“ Les partis politiques de l’opposition tergiversent,hésitent et se cherchent ” Par Googa.info

2 nov

La perspective des élections législatives du 22 février prochain et le bouillonnement, de plus en plus visible, de la scène politique nationale où s’entremêlent préparatifs, déclarations directes des uns et sous-entendus des autres, nous ont contraints à tenter d’en savoir un peu plus sur les véritables enjeux de ce scrutin et de relever la température politique actuelle. Pour répondre à nos questions et apporter les éclairages nécessaires, nous avons interrogé un observateur, sans concession, de la politique nationale, Aden Omar Abdillahi, chercheur à l’Institut d’études politiques et stratégiques du CERD.

Googa : Quelles descriptions pouvez-vous nous faire du climat politique djiboutien d’aujourd’hui ?

Aden Omar Abdillahi : Le climat politique actuel est, pour le moins, agité en rompant avec la sérénité qui prévalait jusqu’à la fin des vacances politiques de l’été. Il semblerait que la période de repos a permis à tout à chacun de se questionner, de se projeter dans l’avenir, de mûrir et de clarifier ses intentions. D’ores et déjà, toutes les écuries politiques ont d’une manière ou d’une autre entamé les préparatifs. Les acteurs de la classe politique djiboutienne n’ont que cela en tête depuis l’annonce officielle de la date de tenue des prochaines élections législatives. La scène politique nationale fourmille d’événements à fort contenu politique et promet une lutte féroce entre les étalons des différents partis. Parmi les nouveautés : la création du neuvième parti politique djiboutien, un autre en attente de la réponse l’officialisant de la part du ministère de l’intérieur, le toilettage interne du RPP, la proportionnelle en gestation, les tentatives timides de rapprochement des partis de l’opposition et la multiplication des sorties publiques de ses dirigeants.

Googa : Quelles analyses vous inspire cette situation ?

Aden Omar Abdillahi : Ainsi, le Centre des Démocrates Unifiés (CDU) a vu le jour le 23 septembre 2012. Il est dirigé par un héros de l’indépendance nationale, Omar Elmi Khaireh, et se donne pour objectifs « d’œuvrer pour l’intérêt général », de militer pour une plus grande éthique des comportements politiques et de « redynamiser le débat démocratique ». Tout un programme ! Les « mauvaises » langues se sont déchaînées à son égard et le qualificatifs ne manquent pas : « parti des retraités », « caution indépendantiste du RPP » ou de « dernière farce du RPP ». Quoiqu’il en soit, il sera très difficile pour le CDU de part sa composition, plus d’histoire que des perspectives concrètes d’avenir, et sa ligne politique encore floue d’arriver à peser sur le cours de la politique nationale, de se faire une place ou d’apporter des changements substantiels.
Une semaine après l’officialisation du CDU, les leaders de la très célèbre liste RADD (Rassemblement pour l’Action, la Démocratie et le Développement) ont déposé une demande de création d’un parti politique (RADDE, E pour écologie) afin de récidiver leur succès local au niveau national. Cependant, bien que RADD bénéficiait de la faveur des électeurs et dispose encore d’un bon capital sympathie, RADDE doit faire ses preuves en tant que parti et démontrer qu’il ne s’agissait pas uniquement de « la chance du débutant ». Si toutefois, il obtenait son sésame à temps pour concourir.

Googa : Que dites-vous du RPP ?

Aden Omar Abdillahi : Quant au RPP (Rassemblement Populaire pour le Progrès), il a opéré sa mue de salut le 20 septembre 2012 lors de la réunion extraordinaire de son Comité Central (CC). Après, la douche froide lors des dernières élections communales à Djibouti-ville et la perte de la mairie de la capitale, le RPP s’est remis en cause. Sur les conclusions tirées de cet échec électoral et suite aux constats accablants d’un rapport interne, des nouveaux, jeunes la plupart, font leur entrée dans le CC et des anciennes têtes sont coupées à commencer par celles du vice-président et du secrétaire général. Le duel souterrain entre l’ancien ministre de l’économie et des finances et l’actuel, pour le poste de SG, véritable cheville ouvrière du parti, a été remporté par le second qui aura pour priorité de remettre le RPP en ordre de bataille pour les législatives à venir et redorer son blason. Pas si évident pour un vieux parti en perte de vitesse, ramolli par l’absence d’adversaire de taille, jaloux de ses propres succès et qui s’est complait dans sa situation de monopole politique.
L’intervention remarquée de son président le jour de la réunion a donné le ton et le « nous ne devons pas perdre, on ne peut pas nous battre » galvanisera certainement militants et dirigeants du parti. En effet, Djibouti a connu depuis l’introduction du multipartisme partiel en 1992 quatre élections nationales : deux législatives (en 1992 et en 1997) et deux présidentielles (en 1993 et en 1999). Egalement, deux élections législatives (en 2003 et en 2008) et deux présidentielles (en 2005 et en 2011) se sont déroulées sous le régime du multipartisme intégral de 2002. Aucune de ces élections n’a permis l’alternance et l’arrivée au pouvoir d’un parti d’opposition. L’ancien parti unique, seul ou avec ses coalisés, est sorti victorieux de ces huit consultations nationales. Il faut dire que le RPP est le plus vieux des partis politiques djiboutiens, puisqu’il a été créé en 1979 et dispose ainsi d’une longue expérience et de l’implantation territoriale la plus dense. Il est l’héritier du principal mouvement de lutte pour l’indépendance, la LPAI (la Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance), et s’appuie sur cet avantage et cette crédibilité historique que les Djiboutiens lui reconnaissent. Des atouts à réactiver aujourd’hui pour laver l’affront subi et sanctionner le délit de lèse Majesté qu’ont commis les jeunes ambitieux de RADD. Pas trop comme même. Esprit fair-play oblige.

Googa : Qu’en est-il des partis politiques de l’opposition ?

Aden Omar Abdillahi : Les partis politiques de l’opposition tergiversent, hésitent et se cherchent. Des années d’absence du ring politique du fait du boycottage, devenu systématique, de tous les rendez-vous électoraux les ont déstructurés et ils se sont retrouvés hors du jeu politique. La politique est un sport de haut niveau qui demande entraînement et pratique régulière pour demeurer en forme le jour venu. Le propre d’un parti politique est de concourir pour obtenir les voix des électeurs. En ratant chaque compétition vous vous précipitez dans l’oubli et risquez de démobiliser définitivement vos sympathisants les plus déterminés. Stratégiquement, le boycott, quelque soit sa légitimé, est une arme à double tranchant dont il faut user avec parcimonie.
L’une de leurs exigences principales en matière d’élections législatives est l’introduction de la proportionnelle (dosée ou pas) et actuellement les plus hautes instances du pouvoir n’y sont pas opposées. D’ailleurs, des actions en ce sens sont entreprises récemment sans toutefois aboutir pour l’instant. Toutefois, sa mise en place nécessitera un vaste travail juridique d’harmonisation de la législation électorale qui dépasse la simple modification de quelques articles dans un texte. Néanmoins, c’est une incongruité qu’il faut corriger rapidement et sûrement pour donner un caractère plus démocratique à la représentation nationale afin qu’elle reflète le choix des électeurs.
Des informations non vérifiables rapportent que les partis de l’opposition (UDJ, PND et PDD) prépareraient une plate-forme politique commune lors des prochaines élections et tenteraient de s’entendre à former un seul front face à la coalition au pouvoir. Une bonne idée pour la démocratie et pour les sympathisants potentiels. Une nécessité incontournable puisqu’il est impossible pour l’un d’entre eux de faire le poids individuellement face aux concurrents de la majorité. Mais le duel des egos doit laisser la place à la rationalité politique.

Googa : Pour quelle raison le scrutin du 22 février 2013 est-il si crucial ?

Aden Omar Abdillahi : L’enjeu central est naturellement le contrôle de l’Assemblée nationale titulaire du pouvoir législatif et censée contrebalancer celui de l’exécutif. Les dernières élections communales ont démontré que le RPP n’était pas imbattable et cette perspective suscite l’espoir chez les partis de l’opposition. A charge au RPP de démontrer sa volonté de sécuriser ses positions. Et derrière ces élections législatives se profilent les présidentielles de 2016 et ceux qui seront élus à l’Assemblée nationale en 2013 y demeureront jusqu’en 2018. Le président de la république ayant annoncé son intention de quitter le pouvoir en 2016, il va falloir se positionner dès l’année prochaine et ce scrutin est on ne peut plus crucial.

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